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Une victoire pour l’aide humanitaire!

Image de la campagne Aide à l’Afghanistan, à laquelle la CSILC a participé aux côtés de 17 autres organisations.

Par Tim McSorley & Xan Dagenais

Depuis la création de la Coalition pour la surveillance internationale des libertés civiles (CSILC), nous avons mis en garde contre l’impact négatif des lois antiterroristes sur la fourniture de l’aide internationale, en particulier aux populations des régions où sont actives des entités considérées par le gouvernement canadien comme des groupes terroristes. Lorsque les talibans ont repris le contrôle de l’Afghanistan en 2021, le gouvernement canadien a refusé de donner l’assurance que les organisations fournissant une aide internationale, y compris les organisations humanitaires, ne seraient pas poursuivies. Cela a contraint de nombreuses personnes à abandonner leur travail vital dans le pays. Alors qu’une crise humanitaire s’aggravait en Afghanistan, la société civile a fait pression sur le gouvernement pour qu’il modifie la loi afin de créer une voie simple pour à nouveau fournir une aide internationale. Malheureusement, mais sans surprise, le gouvernement a plutôt présenté le projet de loi C-41 qui visait à créer un régime d’autorisation complexe pour permettre aux organisations de fournir une aide internationale dans les zones contrôlées par des groupes considérés comme des « entités terroristes » par le Canada.

Grâce aux pressions concertées de groupes de la société civile, dont la CSILC, le projet de loi a été amendé pour créer, pour la première fois, une exemption dans les lois canadiennes contre le financement du terrorisme pour la fourniture d’aide humanitaire. Bien qu’il s’agisse d’une victoire évidente, des questions subsistent quant à la façon dont le gouvernement interprète l’exemption.

Parallèlement, cette exemption ne s’applique pas aux organisations canadiennes d’aide internationale qui mènent des activités vitales mais qui ne sont pas exclusivement de nature humanitaire, notamment en ce qui concerne la fourniture de services de santé, la défense des droits de la personne, les efforts de consolidation de la paix et le soutien entourant les moyens de subsistance. Ces organisations sont désormais soumises à un processus d’autorisation peu clair, lourd et invasif pour mener à bien leur travail en Afghanistan.

Entre autres préoccupations, ce nouveau régime impose à ces groupes la responsabilité de prouver qu’ils ne violent pas des règles d’évaluation de sécurité vaguement définies. Ces règles permettent au ministre de la Sécurité publique de refuser une autorisation uniquement parce qu’une personne impliquée dans un projet, y compris des partenaires internationaux, a des « liens » indéfinis avec le terrorisme ou a déjà fait l’objet d’une simple enquête pour des motifs terroristes.

La CSILC a documenté à maintes reprises comment des règles aussi vagues entraînent des impacts néfastes, notamment : « la culpabilité par association » basée uniquement sur des allégations non étayées; l’ingérence politique ou le pouvoir discrétionnaire ministériel fondé sur l’opportunisme politique; et la promulgation de préjugés et du racisme à la fois systémiques et individuels.

Nous restons également préoccupés par le fait qu’un régime d’exemption ne résout pas le problème principal : le fait que les lois antiterroristes trop vastes du Canada ont permis que cette situation se produise en premier lieu. Même si un régime d’exemption peut constituer une voie à suivre, il contourne le fait que les lois antiterroristes créent des zones et des entités considérées comme « interdites » et continuent d’avoir un impact injuste et disproportionné sur les pays et régions à majorité musulmane. Nous renouvelons notre appel au gouvernement pour qu’il modifie fondamentalement son approche en matière de lois antiterroristes et de leur application.

Bien que le projet de loi ait reçu la sanction royale en juin 2023, et malgré les assurances du gouvernement selon lesquelles il agirait rapidement, le régime d’autorisation n’a pas encore été lancé au moment de la rédaction de ce texte, en avril 2024, laissant des millions de personnes sans aide indispensable[1].


Tim McSorley est le coordonnateur national de la Coalition pour la surveillance internationale des libertés civiles

Xan Dagenais est responsable des communications et de la recherche à la Coalition pour la surveillance internationale des libertés civiles

Note de bas de page

[1] Depuis la rédaction de cet article, le gouvernement a lancé le régime d’autorisation. Nous partagerons une analyse critique plus tard.

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La séduction dangereuse de l’État raciste «antiraciste»

Cet essai fait partie de la nouvelle publication du 20e anniversaire de la CSILC, Défendre les libertés civiles à l’ère de la sécurité nationale et de la guerre au terrorisme. Assistez au lancement en ligne le 11 septembre 2024 à 19 h HE (en anglais). Cliquez ici pour pour vous inscrire.

Si vous êtes à Montréal, venez au lancement francophone en personne le jeudi 19 septembre à 19h. Cliquez ici pour avoir toutes les informations.

Par Azeezah Kanji

À mesure que « l’extrémisme » suprémaciste blanc devient un sujet de préoccupation croissante en matière de sécurité nationale, les contradictions liées à l’utilisation d’un appareil gouvernemental raciste pour lutter contre le racisme ne cessent de s’intensifier. Comme l’ont démontré[1] les universitaires féministes, presque tout – et son contraire – est susceptible d’être utilisé contre nous. Cela englobe « l’antiracisme » pratiqué par l’État colonialiste qui perpétue le suprémacisme blanc en son sein, que ce soit par la condamnation de la violence d’un attentat haineux « extrémiste » ou par la violence tolérée des assassinats perpétrés par des policier⋅ères et des militaires, la complaisance envers la torture et l’effacement génocidaire de la souveraineté autochtone.

Aujourd’hui, des projets de loi concernant les contenus préjudiciables en ligne[2] et des restrictions imposées aux manifestations[3] ont été promulgués au nom de la lutte contre le suprémacisme blanc. Pourtant, comme le démontre[4] l’histoire canadienne passée et récente en matière de régulation de la liberté d’expression, ces pouvoirs sont susceptibles d’être utilisés avant tout contre l’activisme autochtone, palestinien, noir et musulman. De même, les politicien⋅nes canadien⋅nes, toutes tendances confondues, ont[5] adopté[6] le recours à la lutte contre le terrorisme pour combattre « l’extrémisme de droite », renforçant ainsi les dispositifs juridiques utilisés principalement[7] contre les musulman⋅es sous prétexte de les protéger. Ainsi, en février 2021, lorsque les Proud Boys ont été inscrits sur la liste des « entités terroristes », neuf groupes[8] islamistes ont été discrètement ajoutés, contribuant ainsi à exacerber le sentiment anti-musulman sous le couvert de lutter contre le racisme.

L’un des groupes « terroristes » nouvellement ajoutés est au Cachemire et opère dans le contexte d’une occupation militaire massive et abusive de l’État indien[9]. En effet, l’Inde se targue[10] de maintenir le ratio le plus élevé au monde du nombre de soldats par rapport au nombre de citoyen⋅nes. Sur cette liste figure également l’organisation caritative IRFAN, pénalisée[11] pour avoir fait des dons médicaux à Gaza alors que, sous l’occupation israélienne, la terreur de « l’apartheid médical[12] » et la destruction[13] d’installations médicales vitales infligées aux Palestinien⋅nes se poursuivent de manière incontrôlée. Comme le souligne une déclaration commune[14] d’expert⋅es en matière de lutte contre le racisme, d’enjeux juridiques et de droits de la personne, rédigée conjointement avec la Coalition pour la surveillance internationale des libertés civiles (CSILC) : « l’inscription d’organisations telles que les Proud Boys aux côtés de groupes palestiniens et cachemiriens établit un amalgame entre des groupes de résistance issus d’une occupation militaire de longue durée, et des suprémacistes blancs et des néonazis, le tout sous la rubrique d’un concept large et incohérent de ‘terrorisme’. » Ces exemples mettent en évidence le caractère incomplet, mais surtout l’important biais idéologique de la notion de « terrorisme » cantonnée à la violence de ceulles qui se trouvent en marge du pouvoir de l’État, alors qu’elle autorise une violence bien plus importante de l’État lui-même.

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Lancement à Montréal: Défendre les libertés civiles à l’ère de la sécurité nationale et de la guerre au terrorisme

Lancement francophone montréalais de la publication 20e anniversaire de la CSILC – Défendre les libertés civiles à l’ère de la sécurité nationale et de la guerre au terrorisme – présentant son travail depuis 2002 et les défis qui s’annoncent.

Vous pouvez lire la publication en ligne ou en commander une copie papier ici.

Panélistes

  • Dominique Peschard, co-président de CSILC depuis 2012, militant à la LDL et président de la LDL de 2007 à 2015, a parlé du travail de la CSILC concernant la Loi antiterroriste de 2001, l’affaire Maher Arar, la liste d’interdiction de vol, les détenu.es canadien.nes en Syrie, la surveillance des populations, et la répression de la dissidence autochtone et écologiste.
  • Tim McSorley, coordonnateur de la Coalition pour la surveillance internationale des libertés civiles (CSILC) depuis 2016, a parlé de l’utilisation et le renforcement de pouvoirs et d’outils antiterroristes problématiques pour soi-disant combattre le racisme et l’ingérence étrangère (avec la nouvelle loi C-70), qui se retourneront très certainement contre les populations marginalisées.
  • May Chiu, avocate et coordonnatrice de la Table ronde du quartier chinois de Montréal depuis 2022, a parlé des allégations sans preuves et dommageables d’ingérence étrangère de la GRC contre le Service à la Famille Chinoise du Grand Montréal.

À l’animation
Martine Éloy | Militante à la CSILC depuis sa fondation, militante à la LDL et membre du conseil d’administration de la LDL de 2002 à 2022

Merci!

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